(Extrait de “Arts, sagesse et traditions” de Daniel Lazennec.)

 

En Occident le judéo-christianisme a pour dogme un créateur. Les philosophes, notamment grecs, ont fortement influencé notre système de pensée analytique, et notre dynamique de pensée matérialiste a développé des technologies accompagnant tout un chacun dans notre vie de tous les jours.

En Orient, les humains vivaient comme non séparés de la nature, car fruits de celle-ci. La notion de collectif apparaît donc naturellement, de sorte que la langue japonaise n’utilise que très peu le “je”, le “moi” dans ces phrases.

La synergie de l’interdépendance nourrissait la pensée orientale.

On distingue 4 grands courants traditionnels et majeurs dans la civilisation orientale:

                          ° Le shintoïsme, le confucianisme, le taoïsme, et le bouddhisme.

- Le shintoïsme est né au Japon. Son concept majeur est le caractère sacré de la nature. Le profond respect en découlant, définit la place de l’homme dans l’univers. Ainsi un cours d’eau, un astre, un personnage, une pierre, peuvent-être considérés comme des divinités.

- Le confucianisme repose sur l’idée de société patriarcale, axée sur les traditions des ancêtres, dévoué au prince ( le signe calligraphique de l’empereur ou du roi représente 3 traits parallèles horizontaux, traversés en leur centre par un trait vertical, ce qui signifiait qu’entre la terre et le ciel se trouvent les humains et que le trait vertical est celui de l’être reliant l’homme à la terre et au ciel dans une harmonie universelle).

- Le taoïsme propose à l’humain de vivre en harmonie avec le Tao (ou Dô) autrement dit la voie, et de mettre en oeuvre une attitude d’inaction (le non-agir, le non-faire).

- Le bouddhisme invite à expérimenter par soi-même l’observation du vivant et de ses lois, à vérifier la non-substance des phénomènes et par-là l’illusoire croyance en l’ego, pour libérer l’être des souffrances, apprendre à vivre pleinement chaque instant dans tout son être, intégré dans son environnement, puis développer la compassion.

La civilisation japonaise, par l’insularité de son territoire, possédait la religion shintoïste (littéralement “la voie des dieux”), religion difficilement catégorisante car elle mélange des éléments polythéistes et animistes et est particulièrement liée à sa mythologie.

Le terme shint ô est apparu pour différencier cette vieille religion du bouddhisme importé au cinquième siècle.

Venus de Chine, via la Corée, et particulièrement au moyen âge, le confucianisme et le bouddhisme s’y sont implantés. Société féodale et guerrière, le pays du soleil levant et ses élites s’intéressent assez rapidement aux courants bouddhistes.

- Les guerriers furent tout autant séduits par les capacités de concentration générée par la pratique de la position du Bouddha assis (zazen) que par la notion de non-peur développée par l’observation des pensées, des émotions, des perceptions et sensations.

Les samouraïs possédaient un code de l’honneur, le bushidô, de bushi”guerrier” et dô”chemin”.

Après l’époque Meiji (1868-1912), les samouraïs furent en déchéance. Quelques héritiers firent évoluer le bushidô pour le transformer en budô, de bu”arrêter la lance ou déposer les armes”, et dô”chemin ou voie”.

Les budô sont arrivés en occident traduits par les termes génériques “d’arts martiaux”, donc de “techniques sophistiquées destinés aux conflits, à la guerre”.

L’un des plus grands maîtres de budô, le fondateur de l’aïkidô “Maître Ueshiba”, emprunt de shintoïsme, affirmait que son art construisait la paix.

Toujours est-il que la voie du zen a influencé les budô. Comme pour le bushidô, le budô n’a emprunté au zen que quelques aspects, omettant l’essentiel.

Un homme célèbre au XVI ème siècle, Miyamoto Musashi, samouraï aux soixante combats gagnés par décès de son adversaire et maints autres par défaite volontaire, a écrit le fameux “Traité des cinq roues” exposant ses conseils aux guerriers. A la fin de sa vie, il se rapprocha du moine zen “Takuan” et abandonna son passé de guerrier pour trouver la paix, couronnement de la voie du Bouddha et aspect essentiel.

Quoi qu’il en soit, un budô s’est inspiré de la voie du zen plus que tout autre, c’est l’art du tir à l’arc : le Kyudô.

Ce bushidô puis ces budô furent donc de grandes illustrations de l’âme japonaise. On se souvient des kamikazes se jetant avec leur avion sur les bateaux de la flotte américaine. On se souvient aussi de ce rituel que fut le seppuku “se percer puis se trancher l’abdomen à l’aide d’un sabre court”.

Un dernier souvenir de ces temps fut le fait de se trancher l’auriculaire de la main tenant le sabre, alors qu’un manquement à la morale eut lieu. Ainsi amputée, la main ne pouvait plus tenir le sabre efficacement.

Au Japon, le bouddhisme zen s’est décliné en plusieurs courants majeurs :

- le Rinzaï caractérisé par l’utilisation de la méditation “action de réfléchir profondément à une chose”.

- le Soto s’en tient à la position simple du bouddha, concentré dans l’expiration, en laissant toute pensée , sensation ou perception, naître s’élever et disparaître naturellement. De ces écoles sont nés beaucoup d’arts qui ont construit la vie culturelle Japonaise : art du thé, des fleurs, de la calligraphie, des jardins de pierres, des environnements paysagers, de la peinture, du théâtre Nô, etc....

L’attention et la conscience corporelle portées dans chaque attitude, chaque geste, la délicatesse et la précision, la beauté et la concentration, sont la mise en oeuvre des enseignements du zen dans l’instant présent.... déjà passé.

Nombre de personnes qualifient le zen de philosophie. Il n’en est rien, tout au plus pourrions-nous parler de pratiques apportant la sagesse.

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