Do  ou  Tao - Budo

                            (Extrait de “La sublimation du dépouillement” de Georges Charles.)

La cérémonie du thé “le chado ou cha no yu en japonais” pour être maîtriser au niveau de disciple, demande plus de 10 années de pratique assidue.

Il en va de même pour la cérémonie de l’arc, “le kyudo”, de la cérémonie du sushi “découpage du poisson cru”, du judo, de l’aïkido, du karaté-do, du zazen “méditation assis et centré”, on pourrait y ajouter le pinceau, le massage.

Tous ces arts, ne sont que des outils avec lesquels on va réaliser une oeuvre qui est d’un tout autre niveau que celui de l’utilisation ou action utile. C’est dépasser l’utilisation pour parvenir à “autre chose encore”.

C’est le paradoxe Japonais qui consiste, au travers de la simplicité, voire du dépouillement, à reproduire et à parfaire un rituel jusqu’à une certaine perfection.

Dans cette optique, en chine, au Japon et dans tout l’Extrême-Orient, le patient d’un masseur ou d’un acupuncteur ne se limite pas à son rôle passif de celui qui est soigné, de patient, mais participe pleinement au traitement. Il ne cherche pas à comprendre le traitement mais à agir favorablement pour que celui-ci soit le plus efficace possible.

C’est la fameuse vertu, le “de ou te” qui rend la chose plus efficace encore et qui est la simple conséquence de la voie “do ou tao”.

Cet “efficace” se matérialise dans le “ki ou chi en chinois”, qui est à la fois le souffle et l’énergie qui se manifestent quand le “do ou tao” entre en mouvement au travers de la pratique.

Le but essentiel de la pratique du do est de faire harmonieusement circuler ce “souffle-énergie” afin d’en accroître l’efficacité.

Ce ki, est une conséquence de la pratique, et est utilisé pour soigner, pour projeter, pour porter la flèche au centre de la cible. Sans ki, la pratique n’est, au pire, qu’une coquille vide, un simple moyen de parvenir à une fin tristement matérielle.

La maîtrise de soi passe donc nécessairement par la maîtrise d’un jutsu “technique”, puis d’un do “voie” et cela au travers de différentes étapes matérialisées au japon par des dan “grade”.

Originellement, la ceinture noire, correspondant au premier grade, ou dan, est le début de la pratique.

Avant la ceinture noire, les niveaux “kyu”, quelles que soient leurs couleurs, correspondent à l’étude de la pratique. On ne pratique pas encore mais on apprend à pratiquer.

Nous avons en Occident, un peu tendance à trop différencier les pratiques corporelles, guerrières, méditatives, énergétiques, spirituelles, initiatiques. Au Japon, cette différence ne s’effectue pas puisque tout est relié à la voie, au chemin à suivre, “do, ou tao”.

Les grands budo que sont le judo traditionnel, le kyudo (tir à l’arc), le iaïdo (art du sabre), mais aussi le shiatsudo (voie des massages et manipulations), le kwatsudo (voie des réanimations d’urgence et du reboutage), le chado (voie du thé), l’ikebana (art de la composition florale), auxquels il faudrait ajouter le shodo (la calligraphie), le zazen (position assise, centré), ont tous originellement le même but.

A partir de là, on peut inclure également les ryu (écoles), jiujitsu ou jujutsu (art de projections et d’immobilisations), du karatedo originaire d’Okinawa, du ninjutsu (art de l’espionnage), l’art du bonsaï (racines en pot), l’origami (pliage du papier), l’art du nihon buyo (danses traditionnelles), l’art du kabuki (théâtre classique), de quoi remplir un catalogue de plusieurs pages.

Toutes ces pratiques ont une particularité essentielle : elles représentent ce que peut apporter, autrement que par la technologie, le domaine de la réalisation personnelle, d’une part, et l’approche plus harmonieuse faite de rigueur et de dépouillement, donc de dépassement de soi, et surtout d’effacement de son ego d’autre part. Cela afin de pouvoir agir simplement et efficacement dans la rectitude et la souplesse.

L’art Japonais est celui du dépassement et ce n’est pas un hasard si certains maîtres du budo (ou voie du guerrier, que l’on traduit injustement par “art martial” mais qui, en réalité, est littéralement “l’art de la bravoure” ou certains artisans sont considérés, réellement, comme des “trésors vivants”, puisqu’ils transmettent non seulement un héritage ou un savoir-faire mais également un moyen permettant à l’être humain de se dépasser autrement que par ou dans l’intellect. (Exemple de Maître Nakamoto 10 dan de kobudo et classé trésor national par la préfecture d’Okinawa).

Ce qui est vrai pour la Chine l’est plus encore pour le Japon.

Ici en Occident, nous vivons en permanence dans cette opposition corps-esprit où tout ce qui est corporel ne peut-être que grossier ou se doit d’être expliqué par des intellectuels.

Au Japon, ce n’est pas la peine d’expliquer et encore moins de se justifier ni de chercher une raison, puisqu’il s’agit d’agir, de faire et de, simplement, bien faire. C’est donc naturellement bienfaisant.

Les termes eux-même ont été mal compris par ces intellectuels qui ont traduit budo par “art martial”.

Bu veut dire “ce qui fait cesser l’action des armes”, donc la bravoure.

C’est la bravoure chevaleresque qui peut faire cesser la violence sans nécessairement utiliser celle-ci. Ce qui est fort différent.

Le budo est, étymologiquement, “un art de paix”, qui s’oppose à la violence.

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